Les vertus des justes colères

1 Oct
Publié le 27/09/2011 07:50 |
Philippe Delerm, écrivain, ancien enseignant

Billet

Les vertus des justes colères

Les vertus des justes colères
Les vertus des justes colères

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Oui, garder le goût de la lutte pour essayer de sauver ce qui peut l’être c’est essentiel. Manifester donc ce mardi pour défendre l’Éducation nationale, avec une satisfaction au moins : voir que le public et le privé y seront réunis, tant il devient évident qu’il y a urgence.

Oh, le problème ne date pas d’hier ! Concernant le domaine où je pouvais prétendre à quelque compétence, l’enseignement du français au collège, je me souviens de cette époque pas si lointaine où je militais contre l’institution des séquences pédagogiques, persuadé qu’il y avait avant tout dans cette décision l’occasion de donner à chaque professeur davantage de classes, et donc de supprimer des postes, encore et toujours.

Mais depuis quelques années, la destruction de l’école a pris une autre ampleur, comme a changé d’intensité la menace pesant sur tout le service public. Quand je parle autour de moi du beau métier d’enseignant, c’est désormais avec toutes les restrictions d’usage. Comment conseiller à des jeunes gens de passer des concours difficiles pour se trouver confrontés à des situations nerveusement destructrices, tout cela pour un salaire qui ne vous permet même pas d’habiter un studio au centre d’une grande ville, et de continuer à vous structurer en vous cultivant, en achetant des livres, en allant voir des spectacles, en continuant à acquérir la culture qu’il faut pouvoir transmettre !

Et pourtant, je reviens dans mon collège, et j’y vois toujours de jeunes professeurs pleins de ferveur, et je pense que l’État ne les mérite pas. Il y a un certain cynisme à prétendre que l’école continue à être la voie royale pour se réaliser, quand ceux qui nous gouvernent ont eux-mêmes des enfants qui réussissent socialement par les chemins du copinage et du népotisme.

Mais c’est peut-être la vraie raison pour laquelle il ne faut pas baisser les bras. Le meilleur peut venir aussi des plus justes colères. Et de leurs vertus.

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